La lumière provenait du chaos





Ce conte philosophique a pour but de rendre accessible certains mystères qui se cachent dans la lumière du Capricorne. Cette énergie puissante de l'hiver enracine chacune et chacun dans les valeurs du vivant et étire les grandes flammes de l'amour dans l'esprit supérieur.


Il y a fort longtemps, Attar vivait dans une Cité habitée par la pauvreté et l'amour du pouvoir. La compétition entre les individus était rude et la bonté n'avait pas cours, il n'y avait que peu de place pour l'amour et la compassion. Attar sentait que ce lieu ne lui apportait aucune joie et que rien ne pouvait émerger de cette pauvreté. Il ressentait en son cœur des possibilités infinies qui ne pourraient se déployer dans la tristesse de ce monde. Le chaos permanent de la Cité lui devenait insupportable. Un jour, Attar abandonna son maigre confort pour se rendre au sommet du Palaor, la montagne sacrée qui jouxtait la grande Cité.


L'ascension dura plusieurs mois durant lesquelles il perdit le peu de force et de courage mental qu'il avait. Il dût faire de nombreuses haltes et appris durant son périple à se recueillir en lui-même. Arrivé au sommet, cela prit à Attar plusieurs mois encore pour s'acclimater et se construire un abri résistant. Le froid, le vent accaparaient toutes ses forces. Tout devenait plus difficile. Le moindre geste demandait un effort important et l'économie d'énergie devenait vitale. Il entra dans un jeûne et en méditation pendant, des jours puis, des semaines.


Attar sortit de méditation au printemps et commença à s'occuper de son nouveau lieu de vie, il débroussailla une parcelle de terrain et commença à s'occuper de la nature qui l'entourait puis, à cultiver la terre. Celle-ci ne donna rien à manger pendant plusieurs années. Il ne se nourrissait que de racines, de quelques baies et fruits sauvages. Ce n'est qu'après un long moment d'apprentissage à comprendre les qualités et les besoins de cette terre, qu'Attar fût capable de produire des fruits et légumes en quantité suffisante.


Pendant sa méditation, Attar avait appris à communier avec les forces de la nature. Il lui fallait maintenant révéler cette vérité dans le monde visible. Attar apprit à coopérer avec les Dévas pour que les forces agissent sur les éléments et que les éléments matérialisent la création jusqu'à la sublimation.


Ce coin aménagé sur la Montagne sacrée était devenu un véritable paradis. L'abondance magnifiait l'harmonie entre le ciel et la terre. Attar avait su avec sa persévérance s'accorder avec les saisons et glorifier la nature sans la détourner de sa raison. La Montagne sacrée par les dieux était maintenant sacrée par l'homme. En cultivant la nature extérieure, il avait continué de façonner son esprit et l'avait rendu conforme à sa véritable Nature.


Attar connaissait maintenant tous les climats de la Montagne sacrée pourtant, un jour une tragédie arriva et détruisit tout ce qui avait été créé. Lui qui contrôlait les vents et les précipitations ne pouvait pas arrêter le plus grand Dessein. La Montagne avait tremblé, la terre s'était soulevée et le paradis avait disparu en une seule nuit. Une pluie abondante continua de se déverser durant des semaines obligeant Attar à quitter son paradis perdu et à redescendre dans la vallée.


La Cité également n'avait pas été épargnée par la catastrophe. Ceux qui vivaient là souffraient plus qu'auparavant, ils se divisaient plus encore, se haïssaient et se jugeaient, proféraient des insultes, des menaces. La folie s'emparait du monde, tous voulaient être roi, seigneur et tous devenaient dictateur.


Ainsi esseulé, Attar arriva dans la Cité comme il était parti, pauvre et sans ressources. Cependant, ce n'était plus le même homme, il rayonnait le chant du cœur et une symphonie accompagnait ses pas sur la route. Toutes les personnes qui croisaient son chemin reconnaissaient la musique des sphères supérieures. Attar apparaissait comme une étoile dans la nuit, comme un feu dans les ténèbres et tous aimaient se rassembler dans sa lumière qui n'était autre que la leur se reflétant en Attar. Il était devenu le miroir lumineux dévoilant dans sa lumière leur propre lumière. Cette précieuse étincelle qu'ils ne percevaient plus.


Attar vivait dans les sphères du Monde Ardent. La lumière de son âme resplendissait en ces lieux et tout chantait la beauté du monde. Au sommet de son être s'embrasait un sentier de feu, la spirale de l’esprit et du cœur réunis, la Montagne sacrée. Attar avait maintenant compris que de vivre seul dans son paradis n'avait aucun sens. Que le paradis intérieur en chacun devait maintenant devenir un lieu où tous pourraient se rencontrer et vivre ensemble. Que la spiritualité était une œuvre devant se matérialiser à travers l'amour dans une Cité nouvelle.


Sans qu'aucun mot ne fût prononcé, qu'aucun commandement supérieur ne fût édicté, toutes les personnes qui avaient pris place autour d'Attar étaient elles aussi devenues un cœur ardent. À travers une liberté de conscience, ils formaient ensemble un Soleil sur le champ de bataille où s'opposait les idéologies funestes. Ils ne jugeraient plus leurs semblables mais s'éclaireront les uns et les autres d'un amour inconditionnel acceptant les aspirations de chacun comme un chemin nécessaire à l'accomplissement du Tout-entier. Dans le chaos, les habitants se rassemblèrent et dans la diversité des esprits, ils rayonnèrent l'audacieuse vérité qui brûlait leur cœur réunit.


Ce matin-là, furent révélées les semences d'une nouvelle ère qui portaient tous les signes et les espoirs de ce que serait leur avenir commun. Ensemble, ils construisirent de matière spirituelle une Cité nouvelle. Chaque matin tous se rassemblaient pour méditer à l'aube où se portent les secrets cachés de l’existence. Ils contemplaient le soleil, l'arc ascendant de l'esprit lumineux qui s’élève dans les êtres vivants de la planète et s'élançaient dans toutes les directions que la Création rendait possible.


Comme la fleur qui au printemps ouvre tous ses pétales dans des directions opposées, conduits par la même force et au service de la réalisation de l'unité, les habitants de la Cité acceptèrent d'être unis sans peur dans la diversité des expressions et osèrent un plus grand changement, celui qui pousse toutes et tous sur les chemins fragiles de la responsabilité.


La Cité comme la Montagne était devenue sacrée, un espace unique dédié au vivant. La Montagne était au cœur de l'esprit humain, l'esprit humain était au centre de la nature qui était le cœur de la Cité. Tous étaient au centre et toute périphérie définissait un centre plus élargi ainsi, tout était inclus et tous avaient sa place.


Crédit Image : Samimatias