Instant de Beauté



L'incarnation d'une âme dans la matière est la perfection de la Création telle qu'elle est capable de se réaliser à nos yeux. Elle n'a de défaut que l'imperfection humaine à considérer la puissance de la beauté qui se révèle au monde instant après instant.


S'incarner dans la douleur du corps matière et plonger dans les vagues de souffrances de l'évolution humaine n'a de sens que pour accéder à la sublimité de la Création et pour apprendre à concevoir, dans le laboratoire de l'esprit, des formes ardentes de plus en plus élégantes et raffinées.


À son entrée dans la matière, toute âme pénètre le monde et s'enquière de l'immense souffrance de celui-ci. C'est en cela qu'elle obtient son pouvoir de transformer la matière et offre à l'être humain une destinée supérieure. L'âme alchimise les éléments de sorte à révéler en eux une puissance et une destinée divine. Elle réveille le souvenir inéluctable de la gloire du monde au sein du cosmos.


À travers toutes les dimensions humaines l'âme se réfléchit. Ainsi, le geste posé dans l'instant nous transforme tout autant qu'il participe à la métamorphose du monde. L'univers, de cette manière, apprend à se connaître et magnifie la perfection de la Création.


La matière est le support consacré à la Création et l'incarnation est le mouvement perpétuel de la Création dans la matière.


Ainsi, toute matière est pénétrée du souffle de l'âme. Le souffle lui-même est pénétré de l'influx puissant de la Création. Il n'y a, par conséquent, aucun moyen de se détourner de ce qui contient le premier et le dernier accomplissement Divin.


Nous sommes naturellement instruits à la divinisation de la matière et toutes nos joies comme nos souffrances poussent la matière vers un apogée extatique, une théophanie sublime.


La souffrance instruit le mental à l'éclaircissement de la pensée et au discernement. La joie propulse le corps vers plus d'expériences pour enrichir la conscience du cosmos et c'est ce trésor de la dualité qui éblouit encore et encore la Création.


Tout au long de cette chaîne de causes et d'effets se déroule une autre histoire qui amène l'âme à se dégager de la pesanteur de la souffrance pour mieux s'enquérir de la gravité du monde et la sublimer par un regard sans cesse renouvelé.


Cette histoire est celle d'un détachement au matériel augmentant la joie dans la matière. On pourrait parler alors de la conscience du cœur, de la méditation ininterrompue, du souvenir perpétuel de la Création qui soulève à travers une union ardente, chaque atome de vie dans la globalité.


L'esprit qui s'élève entre en communion avec la matière et incarne la vérité de la Création. L'âme qui pénètre les territoires sombres inexplorés de la matière s'accorde dans l'union majestueuse de la justice divinisante et fait souffler sur le monde le prolongement de la vie régénérée.


À travers ces deux mouvements intriqués de l'amour infini, le battement du cœur cosmique pulse et irradie la consécration du cosmos.